Les dix commandements de Madrid

  • Le football tu aimeras

Véritable institution à Madrid et dans le reste de l’Espagne, le football mobilise et émeut plus que n’importe quel autre événement. Face aux madrilènes, il est indispensable de prendre parti entre le Barça et le Real, la réponse « Je ne m’y intéresse pas » étant systématiquement rejetée. Il est ainsi de coutume « d’aller voir le match » au bar (ou à travers sa devanture), accompagné de son groupe d’amis qui a tendance à s’élargir après quelques bières, au gré des victoires de l’équipe soutenue. Au lendemain du match, ce dernier est vivement commenté et décortiqué dans le métro, les médias et au travail. Difficile d’y échapper, même pour ceux qui ignoreraient jusqu’au nom de Cristiano Ronaldo.

Petite recommandation : n’essayez pas de héler un taxi un soir de Classico, vous n’en trouverez aucun disponible. En effet, toute autre activité que le visionnage du match est traditionnellement interrompue durant les 90 minutes réglementaires.

  • Toute idée de régime tu abandonneras

Les moins férus de cuisine se rendront rapidement compte que la cuisine espagnole privilégie souvent l’abondance au détriment parfois de certains principes diététiques. Au pays de la friture, on ne « regrette » pas l’huile d’olive, quel que soit le plat ! Petite précision : un plat cuisiné « a la plancha » correspond à un met que je dirais « cuisiné normalement », c’est-à-dire à la poêle et sans huile.

  • Une « caña » avec sa « tapa » au moins une fois par semaine tu dégusteras

À Madrid, le rendez-vous entre amis autour d’une bière assortie de tapas, c’est le b.a.-ba, une raison de vivre même (j’exagère à peine). Deuxième institution après le foot avec lequel elle va souvent de paire, la bière servie au bar a pour curieuse caractéristique de coûter moins cher qu’un verre d’eau ou de soda (Vé-ri-di-que !). Trêve d’hésitations donc, on s’en commande une. Oh, joie de l’Espagne, la bière est à peu de choses près toujours accompagnée d’une tapa. Et laissez-moi vous dire à quel point les tapas sont fantastiques ! Il en existe de toutes sortes : avec ou sans pain, chaudes ou froides, frites, végétariennes, façon gourmet et même gratuites. Dans ces conditions, on ne manquerait ça pour rien au monde !

  • Ton vin tu mélangeras

Les amateurs de vin devront faire de grands efforts d’ouverture d’esprit pour éviter la syncope à la vue des pratiques adoptées par les Espagnols vis-à-vis de ce précieux breuvage. L’été, nombreux sont ceux qui sirotent en terrasse un rafraîchissant « tinto de verano », un vin rouge mélangé à de la limonade avec une bonne quantité de glaçons et une rondelle de citron.

Moins connu à Madrid mais répandu au Pays Basque et dans les ferias du Sud, le kalimotxo est, quant à lui, un mélange de vin et de Coca-Cola. Il est revenu à la mode ces derniers temps du fait de l’écho rencontré dans certains médias étrangers qui méconnaissent l’art d’apprécier le bon vin.

Tinto de Verano

 

  • À tutoyer les inconnus tu t’habitueras

Vous avez sûrement déjà entendu parler du tutoiement largement répandu en Espagne. Ainsi, chacun s’adresse la parole à la deuxième personne du singulier. Seuls les personnes âgées qu’on ne connaît pas et les membres de la famille royale attendent le vouvoiement. En revanche, les relations prof-élève, responsable hiérarchique-employé et commerçant-client ne font pas exception à la règle du tutoiement. Dans les boutiques, on peut même vous appeler « mon cœur » si vous êtes une fille. N’y voyez là aucun manque de respect. Au contraire, il s’agit d’une manière amicale de vous adresser la parole, à l’image du caractère chaleureux des Espagnols. Sur la péninsule, le vouvoiement serait presque mal perçu, comme si vous cherchiez à mettre une certaine distance ou à établir un rapport de supériorité avec votre interlocuteur. Alors, n’hésitez plus, d’autant que le tutoiement est plus facile à conjuguer en espagnol. 🙂

  • Le « r » tu rouleras

Sur la péninsule Ibérique, la langue nationale est l’espagnol, ou plus précisément, le castillan. Si vous savez manier la langue de Cervantès, vous n’aurez donc aucun soucis pour vous faire comprendre, voire engager la conversation avec les autochtones. Sachez cependant que les Espagnols parlent rarement d’autres langues. Il arrive qu’ils connaissent des bribes de français ou d’anglais, sans plus. Certains commerçants parviennent à lâcher quelques mots dans la langue de Shakespeare, mais nos accents respectifs diffèrent tant que la compréhension est bien souvent laborieuse. Pire, l’Espagnol lambda se contentera de répéter ses paroles sur demande ou s’il perçoit une gêne dans la compréhension, mais sans articuler davantage ni ralentir son débit.

  • Un ventilateur tu achèteras

Pour ceux qui sont de passage à Madrid durant l’été, mieux vaut être prévenu : cette période de l’année ressemble à s’y méprendre au climat caniculaire vécu en France en 2003, en plus sec, voire plus chaud. Dès les premiers jours du mois de juillet, toute trace de fraîcheur naturelle disparaît. Tout le monde transpire à partir de six heures du matin, même vêtu d’un simple short et d’un débardeur. D’ailleurs, toute promenade effectuée l’après-midi s’apparente à la traversée du désert si l’on ne prend pas soin de s’abriter dans les zones d’ombres. Si vous n’avez pas la chance d’avoir la clim chez vous, le ventilateur sera le meilleur allié de votre sommeil et de vos pauses canapé.

  • Tes churros dans du chocolat chaud épais tu tremperas

Vous vous souvenez des churros de la fête foraine ? Eh bien, à Madrid, c’est les montagnes russes tous les jours si vous le souhaitez. Au petit déjeuner, en en-cas ou en sortant de soirée, les « churros con chocolate » sont LA spécialité à ne pas manquer !

Chocolate con Churros

 

  • Ton plat au restaurant tu partageras

À Madrid et dans le reste du pays, l’heure du repas invite à la convivialité et à l’allégresse. Au restaurant, il est d’usage de commander des « raciones » placées au centre de la table et partagées entre tous les convives. D’ailleurs, plus on est nombreux, plus le repas est varié et l’ambiance, inégalable, chacun trempant ses doigts dans l’assiette du voisin. En revanche, certains verront un petit inconvénient à ce genre de pratique au moment de payer l’addition. Mieux vaut se mettre d’accord dès les prémices pour éviter le vrai casse-tête, voire la Troisième Guerre mondiale. Et pour ceux qui préfèrent, il existe bien sûr des plats individuels. 🙂

  • Fort tu parleras

Le petit Français habitué à une certaine mesure pourra vivre un réel choc culturel à son arrivée à Madrid, notamment face au brouhaha de la multitude ou aux éclats de voix semblant émaner de discours véhéments, avant de se rendre finalement compte qu’il s’agissait d’un couple épiloguant sur le menu du soir. En Espagne, on parle fort et il vaut mieux faire de même si on veut être entendu, ne pas se sentir à l’écart ou éviter de répéter quinze fois la même chose. Croyez-moi, vous comprendrez rapidement la nécessité de vous exprimer haut et fort (voire de taper du poing sur la table au besoin). Une autre solution possible est de toujours avoir un porte-voix sur soi (!)

N.B. : Les tendances ci-dessus ont volontairement été décrites avec dérision (Est-il besoin de le préciser ?). Aucune querelle ne nous oppose aux Espagnols dont nous adorons la culture en tout point. 😉

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