Espagne, le choc culturel

Sans traverser d’océan ni changer de continent, partir vivre en Espagne, même pour un court séjour, implique parfois un temps d’adaptation ou d’émerveillement, selon le point de vue. Pour vous donner un ordre d’idées, j’ai mis environ deux mois à m’adapter à ces « petits riens », à passer outre ce qui me déroutait le plus et à apprécier réellement les bons côtés, avant de finir par élire domicile ici. Comme on n’est jamais trop préparé, voici une liste non exhaustive des différences France-Espagne.

  • La cuisine ou le culte de l’huile d’olive et de la friture

Si pour la plupart des étrangers, « Espagne » rime souvent avec « tapas » (à juste titre d’ailleurs), une fois sur place, les touristes se rendent rapidement compte que le composant principal, voire sacré de l’alimentation espagnole, est l’huile d’olive. Qu’elle soit utilisée en friture ou comme agrément, elle est partout et s’achète par bidons de cinq litres (oui, oui).

Lors d’un voyage à Barcelone, j’avais été marquée par le sandwich au thon dégoulinant d’huile que m’avait préparé ma famille d’accueil (mon sac a dos s’en souvient encore). Mais c’est en séjournant deux mois dans une famille espagnole que j’ai finalement compris. La friture est leur leitmotiv, leur 11ème commandement, à tel point que tout y passe : les frites, le steak, les œufs sur le plat, le cordon bleu… Tous sont joyeusement plongés dans des litres d’huile !

Au bar, les tapas vous dégoulinent sur les doigts et ce n’est pas tout. Dernièrement, j’ai eu la grande surprise de trouver du chorizo « rebozado », c’est-à-dire pané et frit (je vous laisse imaginer le résultat). J’exagère un peu bien entendu (il y a des courgettes au supermarché), mais de manière générale, la cuisine espagnole est un chouia plus grasse qu’en France.

friture-ban

  • Le bruit

À l’arrivée en Espagne, on est surpris par le niveau sonore général nettement plus élevé. Les Espagnols n’ont pas le même timbre de voix que nous et peuvent animer une conférence de 300 personnes sans micro (je suis d’ailleurs intimement persuadée que leurs cordes vocales ne sont pas tout-à-fait ordinaires). Imaginez un peu le chahut au bar, au restaurant ou dans une rame de métro débordant d’Espagnols… Avec ma voix fluette, j’ai l’impression de constamment crier, comme si j’étais en boîte de nuit.

Dans la vie de tous les jours, l’Espagnol est sonore, parlant fort, faisant du bruit en mangeant, claquant les portes et ayant le Klaxon facile. Si tout ce raffut peut être irritant au début, cela devient peu à peu une ambiance naturelle. Je pense d’ailleurs que notre voix mue, ce qui explique qu’à notre retour en France, on nous demande de parler moins fort.

  • Keep calm and open your mind

Sans chercher à faire de généralités, il me semble qu’en Espagne, ou du moins à Madrid, les mentalités sont plus ouvertes qu’en France. Par exemple, le mariage homosexuel a été légalisé en 2005 et la communauté homosexuelle est globalement mieux intégrée que sur l’Hexagone. D’ailleurs, l’un des quartiers les plus branchés de Madrid est « le quartier gay », qui attire toutes les catégories d’individus.

De plus, bien que l’Espagnol ordinaire ne soit pas un grand manifestant, on le retrouve souvent dans les petites protestations ou les regroupements organisés dans la capitale. Le rassemblement le plus curieux qu’il m’a été donné d’observer fut celui d’un couple sur la place Puerta del Sol. L’homme, juché sur une estrade, louait les bienfaits de la Bible, tandis que sa compagne traduisait ses propos en anglais, le tout devant trois spectateurs.

Les Espagnols ont également un caractère impassible qui en fait des êtres imperturbables. Il faut attendre le bus sous la pluie ? La boutique dans laquelle on veut entrer est bondée ? Le voisin fait du tapage ? Ce n’est pas grave (« No pasa nada ») ! En Espagne, on ne râle pas. À ce propos, je me souviens qu’un matin dans les Cercanías (l’équivalent du R.E.R.), le train s’est subitement arrêté, stationnant un moment sur les voies et promettant un sacré retard au travail. Je me suis sentie si agacée que j’ai fait part de mon énervement à mon collègue, avant de constater la quiétude régnant dans la rame, l’indifférence même, alors que nous étions arrêtés sans explication.

Note : Cet adage n’a plus lieu au volant où, étonnamment, tous les noms d’oiseaux sont permis !

  • Dehors, tout le monde

En Espagne, on ne saurait rester chez soi, même en semaine. Bien que le climat contribue largement à pousser les gens dehors, les rudesses de l’hiver ne semblent cependant pas freiner cette tradition. Il n’est donc pas surprenant que le pays compte le plus grand nombre de bars par habitant, soit un bar pour 231 habitants (en comparaison, Rouen, la ville française qui dénombre le plus de bars par habitant, n’en compte qu’un pour 1 440 habitants).

L’usage veut qu’après le travail et lors des week-ends, collègues et amis se retrouvent pour prendre un verre (accompagné de tapas dégoulinantes, cela va de soi). Les plus sages ne renouvellent le rendez-vous qu’une à deux fois par semaine. Chiffre déconcertant, le taux de fréquentation des bars, des cafés et des hôtels est, sur la base d’un indice de 100, de 209 en Espagne contre 99 en France.

Ainsi, les apéros de début de soirée se font rarement chez quelqu’un. On préfère aller de bar en bar ou, pour les plus jeunes, participer à un « botellón », c’est-à-dire un regroupement massif dans un parc ou tout autre lieu public pour boire et faire de nouvelles rencontres. Est-ce légal ? Pas du tout, mais si vous participez à ce genre de rencontres, votre sort dépendra certainement de l’agent de police sur lequel vous tomberez.

En définitive, j’ai choisi de vous présenter quelques différences culturelles notables qui n’empêchent pas de profiter pleinement de la culture locale, bien au contraire ! N’hésitez pas à utiliser le formulaire de contact pour nous faire part de vos expériences, en mettant l’accent sur les différences entre la France et l’Espagne. Nous donnerons une seconde partie à cet article à partir de vos témoignages.

terrasse_hiver

                                            Photo prise à San Lorenzo de El Escorial le 24 janvier 2015 par 5ºC.

Nous vous suggérons également...